Encore des pensées

Mais surtout les miennes

La dictature du partage

02/12/2014 ⋅ Aucun commentaire

Par Seb

C'est pourtant la révolution de notre temps, la troisième révolution industrielle, celle de la communication. Et comme tout le monde, j'y ai plongé la tête la première. Ce qui m'embête un poil, c'est que ce soit devenu une fin en soi et qu'on est plus qu'incité à tout partager, tout le temps, partout.
Le partage, c'est merveilleux. C'est fantastique, c'est un des pilier d'internet, c'est le rêve absolu, le partage de la connaissance, l'universalité du savoir accessible à toutes et à tous, tout le temps, partout.

J'appelle l'excellentissime Wikipédia. Contenu monstrueux, universel, gratuit, sans pub, écrit par des volontaires. Ce qui n'empêche pas de recouper ses sources, même si tous les doutes éprouvés sur sa fiabilité son finalement bien peu fiables quand on creuse.
Wikipédia est l'archétype de la noblesse et de la beauté du partage sur le web. Cependant, quand on pense partage, ce sont les réseaux sociaux qui viennent immédiatement en tête, et pour cause, le partage est leur fondement.

Facebook, Twitter

Nul besoin de le présenter. Deuxième site le plus visité au monde, après Google, il a réinventé le partage et revendique plus d'un milliard d'utilisateurs. Colossal. Je passerai les questions sur la vie privée, là n'est pas le sujet. C'est néanmoins sur Facebook qu'on a pu voir les première dérives comportementales dues au "tout partager". De la légitimité de partager nos vies, nos photos, nos pensées, ce qu'il nous arrive, dur de débattre, c'est l'idée même. Par contre, les jeux et applications Facebook, vous les connaissez tous, ces foutus messages qui polluent notre fil :
Jean-Eusèbe Tartanpion a récolté 3 tomates, pourrez vous faire mieux? Cliquez ici.

Du spam, tout simplement. On partage plus ou moins volontairement de la pub alors que ça nous gonfle tous prodigieusement. Le travers, c'est le voyeurisme. C'est d'ailleurs pour ça que ça marche prodigieusement. Quel homme n'a jamais cliqué sur le profil de l'amie d'une amie, Cindy Bombatomique ? Quelle femme n'a jamais cliqué sur le profil de l'ami d'un ami Stephen MannequinGilette ? Bon ok, la femme cliquera aussi sur le profil de Cindy pour faire un comparatif objectif sur leurs atouts respectifs. Facebook est aussi le moyen pour Tata Petitchats de partager des diaporamas de paysages apaisants sponsorisés par le Dalaï Lama, ou à Super Copine Fraîchement Célibataire de partager sur son mur que tous les mecs sont des connards, suivi de 19 commentaires essentiellement rédigés par des hommes célibataires qui s'empressent d'acquiescer tout en lui faisant remarquer à quel point elle est charmante sur sa photo en bikini sur la plage d'Ibiza en Août dernier.
Petite parenthèse, il y a un truc qui m'éclatera toujours sur Facebook, c'est de lire après un post de la dépressive du mois qui nous explique qu'elle va se suicider :
2 personnes aiment cette publication.

Outre le voyeurisme et le spam, ce site reste quand même un bon moyen de garder ou renouer des contacts, de publier des vidéos marrantes ou utiles, de commenter des articles. Dommage là aussi que l'article sur les évolutions des traitements contre le cancer ne rencontre pas la moitié du succès et des passions que celui qui troll sur le conflit israëlo palestinien ou sur la dernière vidéo de décapitation du moment. Mais je m'égare, c'est quand même cool de voir un mec se faire égorger.

Twitter, c'est autre chose. Ça va vite, c'est rapide, c'est représentatif de notre monde moderne. C'est pratique, c'est là que tout se passe, c'est là que Rihanna nous dévoile sa nouvelle coiffure ou qu'un président annonce la signature d'accords de paix. C'est incontournable, même si j'ai un mal fou à m'y intéresser, je n'ai toujours pas ouvert de compte. Mais je me soigne. (140 caractères !! Je n'y arriverai jamais)
Des réseaux sociaux, il y en a plein, il y a Pinterest, Instagram, Google plus, Tumblr, Linkedin, Viadeo, Copain d'Avant, MySpace, Flickr, et tant d'autres.
Tous ces sites sont fondés sur le partage. Avec ses bons, et ses mauvais côtés.

Il FAUT partager

Nos enfants ne sont pas épargnés, et le monde leur inculque le partage comme un but essentiel à la vie. Si tu ne partage pas, tu es naze. Petit extrait de la chanson pas du tout promotionnelle "La Tamadance" de Lorie, les quatre premières phrases :
Nous les filles on aime donner
Toujours pouvoir partager
Car l’important c’est l’amitié
Et d’être toutes connectées

Là, on s'approche du conditionnement. Cette chanson en est une illustration mais sur tous les médias, c'est désormais assumé, il faut partager.
Pourquoi? C'est commercial. Il faut générer du trafic sur ces sites qui sont des filons pour les publicitaires, il faut générer du trafic sur ces pages qui nous cataloguent, nous indexent, et revendent le tout. Le partage, c'est devenu la poule aux œufs d'or de la toile, le cercle vertueux du modèle publicitaire que j'abhorre.

Et pourtant

Mais le partage, c'est quand même super ! Oui, tant que c'est vu, comme internet dans son ensemble d'ailleurs, comme un outil fantastique de puissance et d'accessibilité. Le partage, c'est l'émergence des modèles de financement participatif. C'est wikipédia, j'en ai déjà parlé. Ce sont les communautés de passionnés, les forums, l'émergence du monde du libre. C'est l'entraide. Ce sont les sites de petites annonces, le couchsurfing, le covoiturage. Ce sont des choses qui existent depuis longtemps à échelle humaine et qu'internet permet de populariser, de faire connaître, de démocratiser.
C'est aussi le monde, que dis-je l'univers du logiciel libre. Des développeurs passionnés qui codent gratuitement, qui participent à des projets fous qui fonctionnent vraiment très bien. Qui permettent une plus grande sécurité face à l'espionnage mondial de masse (il est plus dur de cacher une porte dérobée dans le code d'un logiciel qui est entièrement ouvert et public, auditionnable par tous ceux qui en ont la compétence).

Le partage est la base du web 2.0. Les deux côtés de la médaille sont présent, les dérives comme les avantages, mais pour moi ça doit être vu comme un moyen à notre disposition, d'une puissance inouïe, et qui doit être employé en tant que tel, plutôt qu'être érigé en fin en soit. Le Buzz devrait être une heureuse suprise plutôt qu'une quête sacrée.


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